Pour le retour des chevals

Publié le par Étienne Magnin

    1.  

On sait la difficulté des jeunes enfants à intégrer la règle du pluriel des noms en "-al". Prenons le cas du cheval. Il est vraisemblable qu'il y a là, pour les gones de Lyon et les poulbots de Paris, plus qu'un changement de flexion : un changement d'espèce. « Ah, j'ai vu des chevals !  – Non,on dit « des chevaux ». – Ah bon ! pourtant j'aurais cru que c'était des chevals. »

 

Aussi, me suis-je demandé* récemment par quelle perversité notre langue avait inventé des pluriels en -aux et des pluriels en -als (chacals, carnavals, festivals...)**.

 

La réponse est partiellement simple. Autrefois, les mots en "-als" se prononçaient "-aü". Un [cheval], des [chevaü]. [aü] est devenu [o]. Comme en parallèle, les copistes raccourcissaient "ls" en "x", les chevals sont des devenus des chevauls, puis des chevaux. 

 

Mais pourquoi les mots introduits en France après cette évolution phonétique n'ont-ils pas subi la même règle ? Oui, pourquoi les gavials, les caracals, les rorquals et les chacals ont-ils gardé leur "al" ? Je ne vois qu'une explication. Les Jésuites, en charge de l'enseignement du français dans les pays où se trouvaient les gavials, les caracals et les chacals (mais pas les rorquals), ont hésité à transformer de sympathiques carnassiers en gaviaux, chacaux et autres caracaux.  Les indigènes, indignés, les auraient crucifiés. Comme le dit le proverbe : "on ne fait pas de vieux "aux" en pays nouveau."

Quant à festival et carnaval, importés qui d'Angleterre, qui d'Italie, bien après le XVe siècle, les règles d'importation des mots empêchaient qu'ils fussent déformés. Souvenez-vous qu'on écrivait jusqu'il y a peu : des scénarii, des matches (de football).

 

Alors je me demande : et si on revenait à un cheval, des chevals ? La langue en serait rajeunie, les enfants se casseraient moins la tête.

 

Et si ça marche, je proposerai, pour rajeunir encore plus, qu'on revienne au latin : twitteo, sed non te kiffeo (je twitte, mais je ne t'aime pas).

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* « Aussi je me suis demandé...» aurais-je dit autrefois. Je progresse...
** Pour maîtriser les exceptions, voir par exemple :  http://monsu.desiderio.free.fr/curiosites/plur-al.html ;
ou plus complet : http://fr.wiktionary.org/wiki/Annexe:Pluriels_irréguliers_en_français.

 

[Un ami linguiste me fait remarquer qu'on se soucie bien trop du sort des petits Français. Ainsi, en langue peul , « un peul se dit pullo (c'est l'origine du mot peul) mais au pluriel, [p] se change en [f] et le suffixe de classe [o] devient [ɓe] : le pluriel est donc: fulɓe. De même, "un mari" se dit gorko, et "des maris", worɓe. »
– Je laisse mon ami avec ses classes. Comme on observe aussi des classes en wolof, je comprends mieux que Leopold Senghor ait préféré devenir agrégé de français : c'est beaucoup plus simple.]

 

Ma bataille pour un retour à des chevals est un combat d'arrière-garde. En effet, les Québecois croient, selon une légende urbaine, que les Français prescrivent le retour à cette forme. (http://www.druide.com/points_de_langue_14.html)

Publié dans Pluriels

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